Environnement vs. Profit

La Nouvelle-Zélande est bien connue pour son équipe de rugby mais aussi, et surtout, pour la beauté de ses paysages naturels. Ainsi, dans cet article, nous avons tenté de faire une présentation la plus objective possible sur la politique menée en Nouvelle-Zélande concernant le management des espaces naturels, et sur la place de la nature en général, quelle soit purement sauvage ou ordinaire, dans un pays souvent cité comme une référence en termes de préservation et de respect de l’environnement.

En Nouvelle-Zélande, 30% du territoire est classé en parcs naturels (un des plus grands pourcentages de territoires protégés pour un des pays de l’OECD), zones réservées à la nature et au tourisme (Ministry for the Environment 1997). Si l’on compare ces données avec celles de notre bon vieux continent européen, ce pourcentage d’espaces dédiés à la vie sauvage ferait sans doute pâlir d’envie plus d’un naturaliste. Ces pourcentages peuvent paraître élevés, mais ces sanctuaires sont principalement situés en altitude. En effet, 49% des espaces situés au dessus de 500m sont protégés, contre seulement 18% en dessous de 500m (Norton & Miller, 2000). Ainsi, les zones de conservation se situent principalement dans les zones montagneuses, les zones marécageuses, les friches d’exploitation minières impropres à l’agriculture (cf. forêt de Riverton) ou à toute autre exploitation agronomique, ce qui en fait donc des zones sans utilité économique. Il faut également mentionner que certaines entreprises minières vont bientôt avoir l’autorisation d’extraire des métaux précieux en plein cœur de ces réserves (Environment News Service).

Nous voilà donc un peu plus éclairés quant aux raisons qui ont permis la « sauvegarde » de si grands espaces sauvages. Et il est plus aisé de se rendre compte que c’est bien plus la nature topographique et géologique du pays qui a conduit à ce découpage, plus que de réels choix politiques. « Plus de 82% des espaces non protégés situés en dessous de 500m d’altitude sont employés à des fins productives, spécialement en pâturage et en zone de plantations forestières » (Norton & Miller, 2000).

Alors, certes, on ne peut blâmer une nation de vouloir permettre à son pays de se développer économiquement, mais il est possible de lui reprocher une approche quelque peu démagogique du pourquoi et du comment. En effet ces parcs font partie entière de la fierté du pays au même titre que les «Blacks ». Cependant lorsque l’on se rend compte que ces forêts natives ne subsistent encore que par l’improductivité économique de leur sous-sol, cela a le mérite de soulever des questions quant à la réelle volonté de sauvegarde de ces écosystèmes. Et pourtant, ces espaces improductifs ont pu trouver leur place, dans un monde où tout a un prix, par le développement accru du tourisme « nature ».

Nous en arrivons donc au rôle du « Department of Conservation », ou plus communément appelé DOC, qui, comme nous allons le voir, enfile différentes casquettes. Le DOC a pour objectif assez noble de gérer ces écosystèmes uniques et ces espaces sauvages en participant à la sauvegarde d’espèces animales et végétales en danger d’extinction, mais aussi en luttant contre les menaces qui pèsent sur ces écosystèmes : espèces indésirables, animales comme végétales. Le DOC est un organisme d’état qui assume également la mission d’entretien des sentiers de randonnée, de création de huttes (refuges) sur les circuits et également l’accueil touristique. Ces trois missions rassemblées en une structure sont une formidable opportunité, aboutissant à une gestion et une protection de ces espaces tout en les rendant accessibles au public ; un genre de valorisation en soi.

Cependant l’ampleur importante que le tourisme en Nouvelle-Zélande a pris – car le tourisme représente une activité a temps plein pour 10% de la population (Ministry of Tourism 2007) – et cela combiné à de perpétuelles suppressions de financements par l’état, ont finalement conduit le DOC à se convertir en une sorte de machine commerciale, dont l’alibi serait de vouloir « protéger » et « manager » l’environnement naturel.

Donc, en se plaçant dans le rôle du randonneur, on peut vite s’apercevoir que le rêve de liberté qui accompagne ces espaces naturels est partiellement inhibé par l’omniprésence du DOC qui a désormais enfilé la casquette du policier, menaçant de contravention toute personne qui déciderait de passer la nuit dans sa voiture sur un parking plutôt que sur les aires de camping DOC. L’unique solution qui s’offre au globe-trotter / randonneur, étant alors de passer la nuit (payante) au camping du DOC ou bien d’aller à l’hôtel (plutôt excitant, non ?). Certains vous dirons que cette politique permet de limiter l’accumulation de déchets le long des routes ou la dégradation des espaces – ce qui, entre nous, n’est pas le comportement de la grande majorité des gens venus visiter ce pays. Il semble alors évident que la raison principale de cette politique de contrôle des flux de randonneurs, est d’ordre financier, en contraignant les gens venus profiter de cette sensation de liberté, qu’il est de plus en plus difficile d’atteindre. Car évidemment, qui dit aménagements de sentiers, entretien et gestion, dit amortissement financier… Mais paradoxalement, on peut alors regretter que la vie sauvage et le spectacle de la nature simple soient rendu trop faciles d’accès. Comprenez en ce sens qu’il est parfois frustrant de se dire que de tels paysages ne soient pas appréciés à leur juste valeur. Trop faciliter la tâche ne fait que rendre ses espaces plus banals. On prend le chemin, on prend des photos, on retourne à la voiture pour aller au prochain… Ou est passé le mérite, le dépassement de soi-même, la contemplation béate lors de l’atteinte du but ? Tout cela se résume à une « photo-trophée », une « vidéo-preuve », un « j’y suis allé, j’ai vu, j’ai vaincu » ! De plus, il faut noter que l’effort et le dépassement de soi, bien souvent nécessaires pour atteindre ces espaces grandioses, sont des ingrédients essentiel au processus de réflexion permettant de comprendre et ainsi de « vivre »  les lieux. La découverte de ces espaces qui nous paraissaient alors comme les derniers sanctuaires de calme et de plénitude pour des gens qui auraient décidé de vivre autre chose autrement, est alors parfois gâchée par la volonté d’un monde qui veut rendre toute chose productive. Mais pour nuancer nos propos, nous pouvons aussi ajouter que la politique de « mise en exergue » de certains sites  vitrines des paysages de Nouvelle-Zélande, peut être considérée comme un moyen de canaliser le flux de touristes sur des sentiers bien spécifiques afin de mieux préserver le reste.

Jusqu’à présent nous n’avons parlé uniquement que des parcs nationaux ou de ce genre de réserves. Mais le fait est que 70% du territoire est donc occupé par autre chose, et lorsque l’on s’intéresse à la nature ordinaire ou à la biodiversité qui nous entoure, la Nouvelle-Zélande ne fait pas partie des meilleurs de la classe ! Bien sûr, tout ceci n’est pas si évident à percevoir pour la plupart des visiteurs ne bénéficiant pas forcément de connaissances plus ou moins approfondies sur la gestion de l’espace et l’agronomie au sens large (sans prétention évidemment). Or, lorsque l’on parcourt la Nouvelle-Zélande, notre regard croise en permanence des paysages à couper le souffle tant ils sont vastes et majestueux. Cependant, après avoir pris conscience du désastre écologique qui nous entoure, l’extase devient alors beaucoup plus limitée.

En, effet nous avons omis plus haut de citer une troisième particularité de la Nouvelle-Zélande : les troupeaux de moutons et de vaches à perte de vue ! Car « Approximativement 50% du territoire national est occupé par des activités pastorales et 9% du territoire est dédié aux autres formes d’agriculture et de foresterie. » (Ministry for the Environment, 2010).  Lorsque l’on sort un peu des parcs nationaux, on s’aperçoit alors que la nature ordinaire existe à peine, et nous dirons même plus, qu’il est difficile d’observer la « nature primitive » en dehors des limites cadastrales des réserves naturelles, et comme le signalent certains auteurs, « l’introduction d’espèces exotiques et les pratiques agricoles nouvelles ont presque totalement remplacé la végétation forestière originelle sur de large zones à travers la Nouvelle-Zélande » (McGlone, Anderson, & Holdaway, 1994; Taylor & Smith, 1997). Le paysage qui s’offre à nous est alors, et pour la plupart du temps, partagé entre pâtures et cultures en paysage de plaine et côte, ces dernières étant parfois recouvertes par des forêts de Pins. Le paysage de pâture est assez typique puisqu’il recouvre des surfaces entières qui vont souvent au-delà des collines, mais notre œil peut accidentellement être accroché par des haies de Cèdres ou de Pin taillées linéairement et qui, quand elles sont plantées en nombre, donnent alors l’impression d’assister à un jeu de Tetris grandeur nature. Dans les espaces vallonnés,  le paysage est encore bien souvent occupé par des pâtures, où les crêtes et les vallons déboisés offrent une vue impressionnante et, il vrai, appréciable à l’œil, sur la topographie des lieux. Cependant, cela est sans prendre en considération les problèmes d’érosion et de qualité des sols sur ces reliefs (piétinement, tassement, faible diversité microbiologie dans le sol), dans une partie du monde où il pleut beaucoup.

Concernant la forêt de Pins, 99% de la production néozélandaise de bois est issue d’espèces exotiques dont  90% de Pinus radiata originaire de Californie (Forestry Facts & Figures 1994) et on la retrouve la plupart du temps plantée en masse sur les zones à faible rentabilité économique. Ces forêts sont mono-spécifiques et recouvrent des surfaces de grande taille sans la moindre espèce autochtone. De ce fait, la forêt est plus facilement exploitable et les coupes à blanc sur des surfaces de plusieurs hectares laissent alors le sol, à nu, s’éroder. Ce système forestier entraîne de nombreuses interrogations pour le futur, car le bois qui est exporté emporte avec lui les éléments nutritifs nécessaires aux végétaux, conduisant à un appauvrissement des sols. Mêmes si les résidus de coupes (feuilles et branches), qui contiennent une grande partie de ces éléments, sont laissés sur site, leur dégradation libère les molécules en question très rapidement et seront emportés par le lessivage de la pluie sur la parcelle mise à nue. Ce système est tellement rentable sur le court terme – par rapport à un processus forestier – que les mêmes espèces sont ensuite replantées sur la parcelle. Les jeunes plans mettront ensuite plusieurs années avant de reformer une canopée et un système racinaire suffisant pour prévenir l’érosion et stabiliser le sol.

Pour en revenir à l’élevage, les néozélandais ont longtemps pratiqué un élevage de type extensif : beaucoup d’espace pour un nombre « limité »  d’animaux. Ce type d’élevage devrait normalement limiter les rejets d’azote dans les nappes phréatiques et les cours d’eau car en plus d’être toxique pour l’Homme à haute dose, il est aussi responsable de l’eutrophisation des milieux, c’est-à-dire un enrichissement en azote et phosphore des écosystèmes habituellement pauvres en matière nutritive. Ceci peut ainsi conduire à la disparition des espèces de base, car moins compétitives que d’autres dans un milieu riche. Cependant, pour faciliter les tâches agricoles et augmenter les rendements, l’agriculture à tendance à s’intensifier. Les troupeaux sont rassemblés sur de petites parcelles concentrant alors les excréments sur ces petites surfaces ne pouvant alors pas assimiler l’azote soudainement disponible. De plus de nombreux exploitants y appliquent des doses d’engrais et de désherbant sélectif (anti-dicotylédones) afin de voir pousser une herbe plus verte que réelle (From beef & sheep to dairy, MacLeod & Moller, 2006), telle une pelouse comme on pourrait en rêver sur le terrain de la MDE d’Angers ! Mais ce que nous trouvons le plus choquant est d’avoir constaté qu’en 200 ans de présence les colons européens ont réussi à remplacer la végétation autochtone (hors parcs naturels) par des espèces de type « bien de chez nous » : Saules, Frênes et Aulnes dans les zones humides, Bouleaux et Chênes près des habitations, conifères dans les espaces boisés. « La faune vertébrée et maintenant plus proche de celle rencontrée en Europe que celle de Nouvelle-Zélande, et la flore native se rencontre désormais uniquement sur les sols les plus secs, bien que certains individus poussent encore le long des clôtures et des cours d’eau » (Norton & Miller, 2000).

On rencontre ces problèmes dans de nombreux pays, mais on les retrouve paradoxalement à leur apogée en Nouvelle-Zélande, qui ne manque pas de revendiquer sa conscience écologique. Cet exemple néozélandais a le mérite d’illustrer les dérives de notre système. Le tableau dressé est un peu sombre (voire noir par endroits), mais cela fut une de nos plus grosses déceptions en visitant la Nouvelle-Zélande. Cependant cela nous aura permis de comprendre les risques et les conséquences qui peuvent se produire lorsque l’on ne s’adapte pas a minima à l’environnement qui nous entoure. D’ailleurs, « Meurk et Swaffield (2000) remarquent que la Nouvelle-Zélande a atteint un point critique. Le choix s’articule alors entre suivre l’actuelle voie aliénant le paysage avec des espèces d’arbres exotiques introduites consciemment ou involontairement par le passé, ou de changer de direction en incorporant des espèces forestières endémiques dans le paysage productif de Nouvelle-Zélande ».

Malgré cela, et comme il a déjà été cité plus haut, la Nouvelle-Zélande, par le biais du DOC possède un très beau programme d’études et de « conservation » de leurs écosystèmes et de leurs espèces menacés dans une structure qui, même si elle n’est pas parfaite, devrait inspirer nos responsables politiques afin que nous aussi, nous nous donnions les moyens de redonner sa place à la vie « sauvage et libre » qui est essentielle pour l’équilibre d’une société.

Bibliographie:

  • Norton, D. A., & Miller, C. J. (2000). Some issues and options for the conservation of

native biodiversity in rural New Zealand.

  • Meurk, C. D., & Swaffield, S. R. (2000). A landscape ecological framework for

indigenous regeneration in rural New Zealand-Aotearoa.

  • MacLeod, C. J., & Moller, H. (2006). Intensification and diversification of New

Zealand agriculture since 1960: An evaluation of current indicators of land use

change.

  • McGlone, M. S., Anderson, A. J., & Holdaway, R. N. (1994). An ecological approach

to the Polynesian settlement of New Zealand. In D. G. Sutton (Ed.)

  • Ministry for the Environment. (2007). Environment New Zealand 2007. Wellington,

N.Z.: Ministry for the Environment.

  • « Key tourism statistics » Ministry of Tourism, 2007.
  • New Zealand Forest Owners Association and the Ministry of Forestry, Forestry Facts & Figures, 1994.

http://www.fao.org/docrep/W3646E/w3646e09.htm

  • Environment News Service, New-Zealand parks could be opened to Mining, 2010.

htpp://www.ens-newswire.com/ens/mar2010/2010-03-22-04.htlm

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