Les espèces végétales envahissantes

Gunerra manicata (Chilean rhubarb) Chili

 Le principal problème rencontré avec le Gunnera, c’est l’ombre qu’il développe sur le sol, empêchant la régénération des espèces natives. Il se multiplie assez vite par l’intermédiaire des graines mais aussi de rejets, et il peut former d’importantes colonies à partir d’un seul pied. Il grandit facilement sur les falaises du littoral où il rencontre peu de compétition. Il peut alors devenir une menace pour la flore autochtone. Dans les autres milieux on le retrouve surtout dans les zones humides récemment perturbées par l’Homme(ou de façon chronique). Cependant, c’est donc la perturbation des milieux qui permet au Gunnera (via une croissance rapide) de s’installer dans des zones où la végétation naturelle est perturbée assez fréquemment. Dans un écosystème qui n’est pas le sien Gunnera manicata serait très vite concurrencé par les espèces arbustives, sauf sur le littoral qui est essentiellement composé de plantes basses. Il serait donc intéressant de se focaliser sur les espaces littoraux concernant cette espèce indésirable (terme que l’on préféra dans cet article à envahissant pour des raisons que nous verrons par la suite). Ceci en essayant également de contrôler les sources de disséminations (jardins et autres zones proches du littoral).

Selaginella kraussiana (Selaginella) Afrique

 Cette plane qui visuellement peut être comparée aux mousses, peut former des tapis de grande dimension et alors empêcher la régénération des autres espèces. Cette plante a besoin de beaucoup d’humidité pour se développer, mais aussi de luminosité sous forme de lumière indirecte. Elle apprécie donc les lisières de haies, de forêt humide, mais aussi les bords de rivières. Pendant notre mission nous l’avons souvent rencontré dans les pelouses (multipliée facilement par micro-boutures grâce aux tondeuses) et dans les autres zones assez découvertes, mais toujours à l’abri de la lumière directe. Rarement rencontrée dans les zones naturelles, cette espèce est encore étroitement liée aux milieux récemment perturbés par l’Homme. Nous avons aussi remarqué qu’aux endroits où la végétation naturelle avait repris, les « spots » de Selaginella signalés dans le passé avaient disparus. On peut alors penser que la meilleure solution pour lutter contre cette espèce est la végétalisation des espaces sur une longue période, car la capacité germinative des spores se maintient assez bien dans le temps.

Tropaelum speciosum (Chilean flame creeper) Chili

 C’est une liane aux feuilles rappelant les passiflores dont les petites fleurs rouges sont très décoratives. C’est en réalité une cousine américaine de notre capucine. Les fruits sont très appréciés des oiseaux ce qui sont les principaux responsables de la dissémination de la plante. Cette plante grimpante possède une croissance très rapide et peut facilement atteindre la canopée pour profiter de la lumière. Dans certaines conditions elle peut recouvrir la totalité du feuillage de plusieurs arbres et y priver toute pénétration de lumière. Cette plante représente donc un danger plus important que les deux espèces citées précédemment, et cela pour plusieurs raisons. Tout d’abord car la dissémination peut se faire très vite grâce aux oiseaux qui parcourent des distances importantes. Mais surtout à cause de son comportement de grimpante accompagné d’une croissance rapide qui lui permet de passer outre la compétition des espèces natives pour la lumière.  Elle peut également engendrer des perturbations « naturelles » en privant les autres plantes de lumière et en créant ainsi de nouveaux puits de lumière par la suite pour ses progénitures. Cependant, d’après notre expérience, on la retrouve essentiellement sur les bords de routes ou autres zones impactées par les installations humaines, et nous avons observé les lianes se hissant uniquement sur la cime des arbres les plus bas en bordure de forêt. Le manque de lumière à l’intérieur des boisements doit tout de même limiter fortement la croissance des jeunes plans qui finissent par dépérir.

Berberis darwinii (Darwin’s Barberry) Amérique du nord

 Dans un genre différent car non grimpant, mais tout aussi apprécié des oiseaux, Berberis darwinii s’est très bien acclimaté aux conditions climatiques de Nouvelle-Zélande. Cette espèce représente peut-être une des menaces les plus fortes en termes de colonisation dans les forêts néozélandaises. Il est capable de germer et de subsister sous la canopée, mais sa croissance a tout de même tendance à faiblir et l’individu dépérit avec le temps. Cependant B. darwinii peut profiter des troubles naturels pour s’établir dans de nouveaux endroits et disséminer ses fruits à nouveau avec l’aide utile des oiseaux. Le Berbéris est maintenant établit de façon presque définitive sur le territoire néozélandais. On peut tout de même relativiser l’impact réel qu’il a sur les écosystèmes de Nouvelle-Zélande. Restant sous forme de gros arbuste, il aura du mal à rentrer en compétition avec les espèces forestières (sur le long terme). Dans les espaces ouverts, le risque peut être plus grand. Cependant la plupart des espaces ouverts en Nouvelle-Zélande sont soit les zones humides, soit les littoraux ou espaces dunaires. En ne citant que notre propre expérience, nous n’avons jamais observé B. darwinii sur des espaces dunaires (qui ont déjà leur lot de peine), concernant les zones humides de type tourbière ou marais, nous avons pu observer l’installation du Berbéris, mais les individus restaient bien souvent sous une forme chétive (conditions limites de développement, milieu souvent anaérobie, manque d’éléments nutritifs).

Ammophila arenaria (Marram grass) Oyat Europe

Nous nous intéressons maintenant à une graminée bien connue de nos espaces dunaires européens puisqu’elle en est originaire : l’Oyat. Cette graminée a un rôle très important dans nos écosystèmes dunaires, car elle permet à la dune d’être maintenue et ainsi d’éviter les mouvements de sable qui enfouiraient les autres plantes sous des mètres de sable. Mais les écosystèmes dunaires de Nouvelle-Zélande ne fonctionnent pas réellement de la même manière. La couverture végétale sur les dunes se fait par petits patchs qui donnent alors à ce paysage une tout autre physionomie que celui formé d’une dune frontale communément rencontré en Europe. Ici les plantes ne forment pas de colonies aussi importantes que les Oyats, et les mouvements de sable font parti de l’équilibre de cet écosystème. En effet les plantes que l‘on peut y rencontrer sont adaptées à ces conditions ce qui les rend compétitives dans ce milieu.

Suite à cette petite introduction, il est plus facile de comprendre les gros changements encourus après l’introduction de l’Oyat par les premiers colons, qui souhaitaient alors fixer les dunes pour permettre l’élevage et l’agriculture dans l’espace post-dunaire. On peut dire qu’ils ont réussi leur coup ! Cette graminée c’est tellement plu, qu’elle a maintenant colonisé la quasi-totalité des espaces dunaires de Nouvelle-Zélande.  Le paysage dunaire qui était autrefois sculpté par le vent, les tempêtes, est maintenant composé d’une dune de front qui limite énormément les mouvements de sable et qui modifie donc le paysage et l’écosystème unique de ces lieux. L’action menée par le DOC de Stewart Island sur le plus gros espace dunaire de l’hémisphère sud situé à Mason Bay (cf. article Mason Bay), est alors une mission toute justifiée qui trouve entièrement sa place dans les programmes de restauration des écosystèmes. Cependant, le manque de moyens pour ce projet empêche la restauration totale de cette côte, mais la mission actuelle du DOC est de conserver une bande de dune restaurée au centre de l’écosystème dunaire afin de permettre aux plantes autochtones de se réinstaller et d’être dans la capacité de réensemencer le reste, quand les finances seront plus importantes pour finir le projet. Le travail effectué par les « rangers » sur le site est l’aspersion annuelle des Oyats ayant à nouveau germé et de ceux qui auraient été oubliés les années précédentes, afin de maintenir cet espace « marram free ». Le challenge est de taille lorsque l’on sait que certaines espèces végétales (Gunnera hamiltonii, Desmoschoenus spiralis, Myosotis rakiura…) et animales (notamment les Dotterels) ne vivent que dans ce milieu, et le résultat assez bluffant lorsque l’on a la chance de pouvoir l’observer (cf. photos).

A noter que le Lupin arborescent (Lupinus arboreus) est également une plante indésirable dans les espaces dunaires. Son impact sur le fonctionnement de l’écosystème est de loin, moins important que celui de l’Oyat, mais le Lupin peut tout de même recouvrir de grosses surfaces et porter préjudice aux plantes natives. De plus, on peut surement corréler la présence du Lupin avec celle des Oyats. En effet, le fonctionnement premier de l’écosystème dunaire est sans doute moins favorable au Lupin que celui offert par la présence des Oyats. Le seul point noir de ce projet est peut-être l’utilisation répétitive et à grande échelle (projet de pulvérisation par hélicoptère pour les prochaines années) d’une seule molécule d’herbicide pour traiter les graminées, ce qui pourrait conduire rapidement à des résistances dans la population d’A. arenaria. On peut également noter un protocole peu strict et un manque de structure de récupération concernant le recyclage des restes de produits phytosanitaires non utilisés et l’impact qui en découle sur l’environnement ! Surtout pour une structure comme le DOC qui se veut protecteur et conservateur de la nature…

Conclusion

Les descriptions et les remarques faites sur les plantes citées précédemment découlent de nos observations personnelles pendant le travail, mais aussi de connaissances accumulées lors de notre formation dans le domaine de l’horticulture, du paysage et plus globalement du monde végétal. En aucun cas il ne faudrait considérer ces informations comme une vérité absolue, mais elles sont le fruit de notre réflexion et apportent un point de vue global sur le problème des plantes envahissantes. Les plantes citées ne sont pas les seules plantes indésirables sur le territoire néozélandais, on peut également citer la présence sur Stewart Island d’Ajonc (Ulex europeaus), introduit au départ pour végétaliser les bords de parcelle (barrière défensive), la Bruyère (Calluna vulgaris), les Saules (Salix sp.), le Houx (Ilex aquifolium) ou encore le Genet (Cytisus scoparius). Mais nous présentons ici les quelques plantes traitées pendant notre séjour, qui nous a permis de comprendre les problèmes liés à leur présence, ainsi que les problèmes liés au management des milieux naturels.

Toutes ces plantes partagent des caractéristiques communes qui en font des espèces très compétitives sur des milieux « nus », où la compétition avec d’autres espèces est faible. Les atouts de ces plantes sont alors une croissance rapide, qui leur permet de prendre le dessus très vite sur les autres, une maturité sexuelle précoce (de 0 à quelques années), une production d’une grande quantité de graines, et des moyens de dispersion efficaces (baies attractives pour les oiseaux, multiplication asexuée développée), leur permettant de se maintenir sur le territoire donné.

On peut alors penser que la meilleure façon de limier les populations de ces espèces serait en premier lieu de limiter leur zone d’implantation, et donc l’impact humain sur les zones naturelles (végétalisation des bords de route, approche différente de la foresterie, etc. pour ne citer que ces deux exemples). Il faudrait aussi tenter de mieux gérer les milieux anthropisés, comme les bords de propriétés, les zones de pâtures (limite des parcelles et zone laissée à l’enfrichement), qui sont des spots à plantes indésirables. Ainsi, il serait peut-être plus judicieux d’aider les écosystèmes à combattre par eux-mêmes les espèces qui ne font pas parti de leur cortège et ayant un impact négatif sur la biodiversité, c’est-à-dire les plantes qui modifient réellement le milieu dans lequel elles s’installent et conduisant à une disparition d’espèces animales ou végétales. Des démarches globales, souvent moins onéreuses et sans doute plus effectives, pourraient être menées : sensibilisation ou mise en place d’une politique globale contre l’enfrichement des terres agricoles en particulier, entretien et remise en état des abords de chantiers après leur réalisation (ouvrages routiers essentiellement) par revégétalisation et proposition de gestion de ces espaces. L’action directe et de terrain comme elle l’est pratiquée au DOC doit avoir sa place, mais de manière ciblée et la plus efficace possible. Ainsi, concernant les plantes qui ont été citées auparavant, on a pu voir que certains types de paysages (paysages ouverts : dunes, plaines naturelles) et de lieux précis comme les limites de forêts, les rives des cours d’eau et tous les espaces naturels bordant des infrastructures ou zones modifiés par les hommes, sont davantage concernées par l’installation de plantes indésirables. Il serait alors intéressant et nécessaire d’avoir une action concrète sur ces zones particulières.

Prenons comme exemple le cas de Berberis darwinii que nous avons beaucoup traité à Stewart Island. L’objectif du DOC est d’éradiquer cette espèce de l’île. Cependant de nombreuses personnes en possèdent encore dans leur jardin (aspect ornemental et possibilité de faire de la confiture avec les fruits). Il est alors un peu fou d’essayer d’éradiquer une plante quand on sait que les graines seront toujours disséminées depuis les jardins des particuliers. Il serait imaginable de proposer des plants de Berbéris apyrène (sans graines) aux particuliers avant de commencer toute action. Dans un second temps, une action menée sur les bords de routes, de propriétés et les lissières de forêt seraient sûrement plus efficace que d’envoyer des escadrons de rangers à la recherche de quelques pieds de Berbéris à l’intérieur des grands espaces boisés !

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