Les espèces animales envahissantes

Dans cet article, nous avons choisi de vous parler des espèces envahissantes animales qui, de notre point de vue, ont un impact bien plus rapide et destructeur sur la diversité faunistique et floristique néozélandaise. Les espèces envahissantes sur Stewart Island sont tout d’abord les cervidés et les opossums qui impactent fortement sur la végétation. Il y a ensuite les rats et les chats qui, quant à eux, menacent la plupart des oiseaux souvent peu habitués (ou adaptés) à la présence des prédateurs.

Les cervidés :

Sur Stewart Island, deux espèces sont présentes, les daims et les cerfs. C’est le seul endroit en Nouvelle-Zélande où l’on peut voir des daims en liberté, ce qui a pour conséquence d’attirer de nombreux chasseurs de tous les recoins de Nouvelle-Zélande. Non pas que la bête soit plus impressionnante que les autres, mais c’est plutôt la rareté de cette espèce sur le territoire qui attire les amateurs de trophées (hum…une jolie tête de daim !!). Comme il a déjà été cité ultérieurement dans le blog, la Nouvelle-Zélande est un pays de chasseurs et de pêcheurs où tout homme qui se respecte doit pratiquer au moins une de ces deux activités… ceci explique cela. Le gibier fait donc parti de la culture néozélandaise, les descendants des européens comme les maoris pratiquent en effet la chasse sans exception. En Nouvelle-Zélande on ne peut trouver originellement qu’un seul genre de mammifère, les chauves souris. Les grands herbivores que nous connaissons en Europe n’ont jamais gambadés dans les montagnes et les steppes néozélandaises jusqu’à l’arrivée des européens. Le paysage originel était d’ailleurs quasi-totalement composé de forêts. Les premières perturbations ont eu lieu avec l’arrivée des premiers hommes (les ancêtres des Maoris), qui déjà de leur temps avaient commencé à « défricher » la forêt par le feu. La forêt réduite en cendre et les feux répétitifs conduisaient à l’apparition d’une végétation principalement composée d’arbustes. Ces premières perturbations, non sans dommages pour la végétation, restaient cependant une menace fortement liée à l’action directe de l’Homme. C’est donc au cours du XIXème siècle que les premiers mammifères ont débarqué dans des contrées aux antipodes de leurs aires d’origine. Ceci n’a pas l’air de les gêner et les animaux échappés ou volontairement libérés colonisent très vite les espaces vierges de toute prédation (autre qu’humaine) et se font un régal des espèces natives au feuillage souple et savoureux. C’est donc dans ce contexte favorable que les cervidés (mais aussi les sangliers et cochons sauvages sur les îles principales) pourraient voir leur population exploser en l’absence de contrôle. En Europe, les forêts désormais dénuées de prédateurs, subissent les mêmes pressions de la part des cervidés, cependant la plupart de nos espèces y sont plus ou moins adaptées. Mais qui dit contexte favorable pour l’un, dit aussi situation néfaste pour l’autre. Certaines espèces très prisées des herbivores ont tendance à se raréfier là où le gibier est présent (Griselinia littoralis, Schefflera digitata…etc.). En effet les repoussants sont systématiquement broutés, et les populations n’arrivent pas à ce régénérer. La chasse permet cependant de limiter l’effet de ces animaux, mais la pression des herbivores est telle qu’à certains endroits cela ne suffit pas. La solution de l’éradication pourrait être réalisable, mais elle n’est en aucun cas envisageable (en tout cas à l’échelle nationale) aux vues de l’importance culturelle de la chasse. Cependant on peut espérer que les résultats des nombreuses études démontrant les risques pour les forêts et en particulier pour certaines espèces (dont la disparition ferait également fortement baisser les populations de gibier), feront prendre conscience à la communauté et aux autorités des risques que cela comporte à terme. Ainsi, on peut espérer que certains espaces de Nouvelle-Zélande isolés des autres populations de cerfs (comme les îles) puissent être libérés de cette pression herbivore.

Les opossums :

Petits marsupiaux importé d’Australie, les opossums pullulent dans les forêts et les villes de Nouvelle-Zélande. Ils ont tout d’abord été introduit pour leur fourrure, mais, comme les autres espèces invasives, ils ont profité de cette terre vierge de tout danger et abondante en arbres, pour se multiplier et atteindre des populations si démesurées qu’on les retrouve en train de grignoter les feuilles des arbres dans les squares des centres villes. Un peu moins dans le cœur des néozélandais l’opossum crée de nombreux dégâts dans les forêts en s’attaquant parfois aux jeunes plants mais surtout aux arbres adultes. Excellents grimpeurs ils passent la plupart de leur temps dans les arbres à la recherche de jeunes pousses desquelles ils se feront un festin. On voit donc le risque de perdre de grands arbres reproducteurs dans les forêts, dont la mort peut créer de grands trous de lumières (chablis) dans les forêts laissant alors la place aux espèces végétales invasives. D’importance culturelle moindre, la fourrure d’opossum est cependant devenue une fierté et un savoir faire néozélandais présenté aux touristes comme un produit artisanal voir identitaire (ce qui commence sans doute à devenir le cas). Avec le motif de limiter la population d’opossums, l’industrie de la fourrure pourrait bien conduire au maintien de l’espèce sur le territoire ! Pour la petite histoire, cette petite boule de poils tant détestée des rangers du DOC, est protégé car menacée dans son pays natal l’Australie… le comble !

Il est facile de comprendre que la présence simultanée des cervidés et des opossums sur un même territoire, agissant respectivement sur la régénération et les arbres reproducteurs, peut très vite conduire à la raréfaction des espèces à feuillage « tendre» fortement prisés par ces deux espèces.

Les rats :

Après les espèces qui menacent les forêts nous nous intéressons au rat, sans doute la plus grande menace pour tous écosystèmes où ils n’étaient pas présents initialement. Avant l’arrivée des premiers européens, existait déjà un petit rat, lui-même importé lors des premières migrations pacifiques. Le « Ki-ore », est un rat très petit qui faisait partie de l’alimentation Maori et qui a donc été amené avec eux pour continuer de faire partie de leurs petits plats. De taille miniature, ce rat n’a jamais été un prédateur responsable de la disparition de certaines espèces aviaires du « pays au long nuage blanc » (traduction du nom Maori de la Nouvelle-Zélande). En revanche le rat noir et le rat brun sont de véritables fléaux pour l’équilibre naturel de la Nouvelle-Zélande. Omnivores ils se nourrissent aussi bien de végétal (graines) que de nourriture d’origine animale. Ces animaux ubiquistes (qui peuvent vivre dans de nombreux endroits) et sont prédateurs de tout ce qui est a leur portée. Ils s’attaquent donc aux œufs très accessibles des espèces aviaires néozélandaises habituées depuis des millions d’années à pouvoir nidifier à même le sol sans rencontrer de réel problème. Les rats sont également capables de s’attaquer aux jeunes oiseaux.

Il est très difficile de contrôler leur population, car ils possèdent un rythme de reproduction frénétique en particulier lorsque la nourriture est abondante lors de la fructification des Podocarpes (sortes de conifères). Ils savent également nager, grimper, bref ils sont presque aussi envahissants que l’espèce humaine ! Certaines îles du pourtour néozélandais comme Ulva Island et Codfish Island près de Stewart Island (pour ne citer que celles que l’on connaît) sont désormais « rat free ». Ces réserves sont alors les sanctuaires de nombreuses espèces aviaires qui, en présence des rats, se seraient éteintes (Kakapo, Saddleback, Robin…etc).

Les chats :

Le dernier prédateur sur lequel nous allons porter notre attention est le chat. Moins présent que le rat, il est cependant un important prédateur d’oiseaux. La difficulté de rencontrer un partenaire sexuel dans les étendues de forêt qui recouvrent encore Stewart Island et son appétit essentiellement carnassier (dans un monde principalement végétal), font de lui un prédateur plus discret. Cependant il est facile pour les félins de s’attaquer aux espèces aptères (Kiwi) ou celles qui passent la majeure partie de leur temps à terre à la recherche de nourriture (Doterrels…). La présence des rats et des opossums est également un inconvénient pour la régulation des populations du félin, car cela donne au chat une probabilité plus grande de trouver de quoi survivre dans un environnement initialement peu adapté pour lui.

Conclusion :

On peut remarquer que l’action néfaste de ces espèces envahissantes et prédatrices est d’autant plus importante que leur survie est parfois corrélée avec celle des autres (chats avec rats et opossums / opossums avec cervidés offrant des espaces pour les plantes envahissantes qui elles ne sont pas dévorées). Plus ces espèces réussiront à trouver un équilibre entre elles, plus elles s’installeront définitivement dans le cortège des plantes et des animaux de Nouvelle-Zélande. Le problème majeur étant que ce changement de cortège animal et végétal ne se fera pas sans la disparation de nombreuses espèces natives qui ne sont pas adaptées à une compétition aussi forte.

Des solutions sont envisageables à grande échelle afin de corriger les erreurs du passé commises sans avoir conscience de leur impact et souvent pour des raisons de survie. La castration des chats domestiques devrait être appliquée communément (surtout sur une île) afin d’éviter l’expansion de cette espèce. On a pu voir que les espèces à haut risques sont le rat et les opossums. De faible utilité (dans ce contexte) pour l’Homme, des solutions techniques et biologiques pourraient voir le jour afin d’éradiquer ou de contrôler ces espèces sans que cela ne retourne les foules. Concernant les cervidés, une pression plus importante de la part des chasseurs couplé à l’éradication des espèces dans certaines forêts (isolées) pourrait peut-être être suffisante afin de contrôler les populations et d’éviter la disparition de certaines espèces.

Pour terminer cet article sur notre expérience avec les espèces indésirables en Nouvelle-Zélande (même problématique en France, mais pas les mêmes moyens pour leur contrôle), il ne faut pas oublier que l’Homme a toute sa place dans la nature à laquelle il appartient et que cette nature n’est pas immobile, mais évolue au fil du temps avec l’apparition, la disparition et également l’introduction d’espèces. Le problème que nous rencontrons, et qui est bien illustré par le sujet « espèces envahissantes », n’est pas en soit l’introduction d’espèces – phénomène se produisant également sans l’action de l’Homme (migration d’oiseaux emportant avec eux graines et autres éléments vivants, dispersion de graines par le vent, l’eau…etc.) – mais c’est bel et bien le rythme avec lequel cela se produit, ne laissant pas à notre environnement et son fonctionnement global le temps de s’adapter à ces modifications. Pour l’instant nous ne percevons pas directement les effets de ces perturbations, car nous sommes une espèce animale qui s’est fortement détachée de mère nature souvent trop cruelle avec nous, pour un espace de plus en plus artificiel. L’espèce humaine est un rouage de ce système global et l’étude des écosystèmes nous montre bien la capacité de survie du monde vivant en réussissant à subsister malgré les changements importants qui se produisent. Il apparaît évident que nous avons davantage besoin de ce qui nous entoure ou ce que l’on appelle communément « environnement », que la nature (au sens large du terme) n’a besoin de nous. La Terre est sûrement notre plus beau terrain de jeu (il n’y a qu’à regarder les photos satellite de Mars pour s’en rendre compte). Il est donc dommage de devoir se rendre dans un parc naturel pour pouvoir en profiter et les générations futures méritent de s’épanouir longtemps dans un monde avec lequel l’espèce humaine continue de former un tout.

Plus d’informations sur la possibilité d’éradication d’espèces envahissantes sur :

http://www.gbict.co.nz/Newsletters/Issue26/StewartIsland.htm

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