Deux vélocipèdes à Nouméa

Au fil des déménagements, des ballades et de nos trajets quotidiens à vélo, nous avons eu envie de mieux connaître cette ville qui nous accueille depuis plusieurs mois, ainsi que de faire partager nos impressions et découvrir ces lieux remarquables tant par leur beauté, leur importance culturelle ou historique que pour ce que nous y avons vécu. C’est donc au fil d’une première ballade à vélo, en suivant le circuit historique de la ville, que nous commençons cette petite présentation. Cette visite guidée nous amène devant de nombreuses demeures ou bâtiments anciens qui ont marqué l’édification de la ville et parfois l’histoire post-colonisation de l’île.

Dans ce tour d’horizon nous nous arrêtons en premier lieu devant les édifices militaires de la vallée du Génie (nom donné à ce quartier après l’installation des troupes et des bâtiments du génie), comme en témoignent encore la caserne de l’infanterie (qui sert désormais de centre administratif militaire) et la place Bir Hakeim (que Cam traverse tous les jours), qui fut autrefois la place d’arme de Port-de-France (ancien nom de la ville de Nouméa).

Au cœur du centre ville, longeant les quais, on retrouve les anciennes intendances militaires construites en 1872 pour abriter l’administration pénitentiaire et l’armée tout en permettant le stockage de vivres pour la marine, servant aussi de toit pour divers ateliers (matelasserie, bourrellerie, etc…). A noter que pendant la seconde guerre mondiale, les locaux abritèrent le QG de l’US Army et l’amiral Hasley en charge du front dans le pacifique. En face de ces édifices, on peut observer en contrebas depuis l’extérieur (de dedans pour les moins chanceux…) l’Hôpital Gaston-Bourret. Lieu de soin depuis 1873 (tout d’abord militaire, puis civil), les bâtiments fortifiés furent édifiés en 1854 à la date de création de Port-de-France en pour protéger les prémices de la ville de Nouméa. Les édifices militaires nombreux reflètent assez bien le passé récent de la Nouvelle-Calédonie qui fut une terre de colonisation pour les premiers européens tant d’un point de vue infrastructurel que culturel. Dans les deux cas, l’armée et le travail des bagnards furent les premiers outils de ce processus. Les locaux militaires et pénitentiaires ne sont heureusement pas les seules bâtisses remarquables de la ville, même si l’Hôtel du directeur pénitentiaire (architecture coloniale) et l’Hôtel du commandant militaire (modifiée sous le courant Art déco) situés côtes à côtes et construits selon les mêmes plans, sont issus de l’omniprésence de l’univers militaire et carcéral sur le territoire.

De nombreuses maisons à l’architecture coloniale sont encore visibles dans les rues de Nouméa, mais beaucoup d’entre elles furent détruites par manque de protection et de valorisation afin de laisser place à des concessions immobilières juteuses. Les maisons historiques encore debout ne sont tout de même pas à l’abri d’un incendie « fortuit »… Certaines de ces constructions ont été réinvesties par des magasins comme l’ancien commissariat de police (plutôt fidèlement rénové), l’ancien palais de justice dont la cour, autrefois intime et verdoyante a perdu beaucoup de son charme en laissant place nette aux places de parking et à une terrasse « huppée ». D’autres édifices, quant à eux, ont gardé leur éclat d’en temps comme l’ancienne mairie de Nouméa (de 1874 à 1996) désormais musée de la ville, la bibliothèque Bernheim (qui fut le pavillon de la NC lors de l’exposition universelle de 1900) et son magnifique escalier, ou encore la minoterie Morgan (édifice industriel qui fournissait en farine l’administration pénitentiaire) et les anciennes douanes à la façade rouge brique rénovée. Et d’ailleurs, certains lieux nous paraissent parfois familiers…n’est-ce pas Pierre ?

Devant l’ancienne douane qui fait front au port, on peut encore imaginer les marchandises empilées depuis la berge. A la place, on trouve maintenant un parking au centre duquel s’élève un remarquable banian tant pour son esthétique que pour son histoire. Comme l’écrit B.SUPRIN, passionné de botanique, dans son livre « Florilège des plantes en Nouvelle-Calédonie », c’est dans les années 70 que l’histoire prend racine, après une fringale, dans un figuier, d’une horde d’oiseaux venus sur le bord de mer pour la digestion. Outre les hypothèses multiples sur la provenance de cette graine, il est certain que ce fruit, une fois germé, a timidement pointé le bout de son nez à travers les deux bordures de béton qui étaient posées là. Au fil des ans, et généreusement azoté par les rejets les envies pressantes des ivrognes de passage, la croissance de l’arbre s’enflamma une fois les 2 dalles de béton retirées pendant les années 90. Ce superbe banian (Ficus prolixa), dont le houppier s’embrase à chaque coucher de soleil, doit son existence à trois éléments sensiblement aléatoires, un oiseau trop gourmand, 2 vieilles bordures de béton protectrices malgré elles et l’incontinence de quelques clochards…

A propos de banian, une placette situé entre l’avenue de la Victoire et celle de Henry Lafleur et abritée sous les branches massives de quatre banians se trouve être un lieu au concept de repos inédit. Ce petit coin de verdure, envahi par les racines des arbres géants, est un endroit hors normes où l’on peut faire sa sieste sous un écran de verdure, dans un brouhaha de pots d’échappements, bref un endroit idéal pour déconcerter nos sens. A quelques pas de là, mais dans une ambiance plus calme, on peut se promener sur la place des cocotiers, point de ralliement emblématique (voire quotidien) des manifestations sociales ou indépendantistes, mais également lieu de jeux et de détente. En haut de l’esplanade, le kiosque à musique se prête à merveille aux premiers rendez-vous des amoureux.

Autre lieu de promenade et de fête, les baies sont depuis longtemps un espace de loisir et de repos. Désormais le terrain de jeux des enfants pendant la journée, les plages ne désengorgent pas de vie la nuit tombée et deviennent le théâtre de la vie festive nouméenne.

Sur les hauteurs du quartier latin (centre historique de Nouméa), on peut admirer les deux clochers de la cathédrale St Joseph, lieu de culte pour les catholiques de Nouméa. Plus loin mais toujours sur les hauteurs, nous nous arrêtons au temple protestant de Nouméa, où se retrouve essentiellement la communauté mélanésienne pratiquante. En effet les premiers évangélisateurs qui arrivèrent en NC étaient d’origine anglaise ou germanique, transmettant ainsi sur leur passage leur croyance protestante.

La nuit tombe et nous profitons de l’occasion pour se rendre sur le parking de la FOL, ancienne salle de spectacle de la ville désormais à l’abandon bien que de fervents défenseurs continuent de lutter pour sa remise en état. La vue sur le centre-ville, la cathédrale, la baie et la presqu’île de Nouville y est imprenable. Il est temps pour nous de ré-enfourcher nos deux roues pour reprendre le chemin de la « maison » à travers des lieux que nous connaissons désormais bien mieux.

2 réflexions sur “Deux vélocipèdes à Nouméa

  1. Je rattrape mon retard … Doucement mais sûrement !

    Au top le « Snack Nancy  » ! Y trouve-t-on des « Mexicains sauce Hawaïï » comme chez sa cousine ??
    Huuuuum ! Trop bon !

    La bise !

  2. Accepteriez-vous de donner votre autorisation pour l’utilisation de la photo de que vous avez prise de l’orgue du Temple de Nouméa comme illustration à l’article en ligne sur les orgues d’Outre-Mer qui, entre autres, évoque cet instrument ? http://www.musimem.com/orgues_outre-mer.htm
    Bien entendu, si vous le souhaitez, en légende de la photo, le nom du photographe pourra être précisé avec des remerciements.

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