Escapade culturelle au centre Djibaou

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Le centre culturel Djibaou fut créé à la suite des accords de Matignon en 1988, puis ceux de Nouméa en 1998. Ceux-ci permettent, sur le long terme, une série de référendums devant conduire à l’indépendance partielle (sauf pour la défense et l’éducation) de la Nouvelle-Calédonie. Dans ces accords figurait aussi la reconnaissance et la mise en valeur de la culture insulaire, entre autres par la création d’un pôle culturel, vitrine de l’identité kanake mais également lieu de débats, d’art, d’éducation et de partage. C’est ces différentes thématiques qui sont évoquées dès 1998 au centre culturel Djibaou.

Mais qui est Jean-Marie Djibaou ? Pour faire simple (même si le personnage et son histoire mériterait d’en dire plus), J-M Djibaou était un fervent défenseur du processus de décolonisation qu’il souhaitait voir s’opérer en Nouvelle-Calédonie. Il prit part à de nombreuses associations et combats politiques pour la reconnaissance et la préservation de la culture Kanake. Après les événements d’Ouvéa (1988), il fut un acteur important et interlocuteur central entre les revendications kanakes et l’Etat français. Il signera les accords de Matignon avec Michel Rocard (1er ministre de F.Mitterrand), mais sera assassiné quelques années plus tard par un indépendantiste « radical » l’accusant en quelques sortes de traiter avec l’« ennemi ». Ce centre qui porte son nom, est un signe fort qui salue la persévérance du personnage pour cette cause et également la voie du dialogue et de la concertation qu’il a suivi. On peut tout de même s’interroger sur les réels enjeux des accords de Nouméa et se poser la question de l’évolution de la considération du peuple kanak si les « événements » et leur médiatisation n’avaient pas eu lieu (nos impressions sur la situation politique et sociale de Nouvelle-Calédonie seront traitées dans un prochain article)…

C’est donc après une petite demi-heure de « pédalage » au rythme des accélérations brusques des pickups que nous arrivons à l’écart de la ville, près de la baie de Tina, où se cache, dans un océan de verdure, le centre culturel Djibaou. Nous allons à la rencontre de ce « monument » (pourtant très jeune) sans aucune attente particulière, après que certains de nos proches aient démystifié le lieu.

Nous empruntons tout d’abord le sentier kanak qui retrace la création selon la tradition orale des tribus de l’île. Chaque tribu ayant ses propres croyances et traditions, il est important de comprendre qu’il existe autant de croyances qu’il y a de tribus bien qu’il y ait tout de même une base et des éléments communs. Nous nous laissons guider par Téâ Kanaké (l’Homme kanak) à la découverte du monde physique et spirituel qui l’entoure. On apprend au fil de ce trajet que notre guide, qui est le premier Homme, est issu de la métamorphose des animaux ancestraux comme le lézard. On découvre, en même temps que lui, l’utilisation des plantes qui lui permettront de survivre sur terre. On y apprend également leur signification, souvent magique, et leur représentation allégorique dans la société kanake (à découvrir dans l’article de la catégorie « Plantes »). Des petits arrêts sont aménagés tout le long du sentier, pour évoquer et représenter les différentes phases d’apprentissage de ce premier homme, allant de la création jusqu’à la mort qui fait traverser les hommes dans les entrailles du banian, ce dernier étant considéré comme le corps des esprits. Après ce voyage dans le monde des esprits, Téa Kanaké renaît, apportant avec lui la continuité de la parole qui guidera les siens dans le rythme et le respect de la vie. Cette petite balade est ponctuée ça et là de nombreuses plantes identitaires arrivées lors des migrations très anciennes (Taro ou Colocasia aesculenta) ou déjà présentes sur l’île (Pin colonnaire ou Araucaria columnaris, Cocotier ou Cocos nucifera). Malgré les petites insuffisances qui existent parfois dans les aménagements paysagers, les explications bien à propos ainsi que les statues qui témoignent également de l’étroite relation entre l’Homme, l’arbre et la terre, nous font vite oublier ce petit moins.

Sortis du sentier, nous arrivons à l’extrémité des bâtiments où nous avons une jolie vue sur l’architecture proposée par Renzo Piano rappelant, par ses formes ovoïdes, ses matériaux, le bois, la case traditionnelle kanake. Par ce design inachevé des bâtiments, l’utilisation de techniques et de matériaux nouveaux il souhaite évoquer l’évolution perpétuelle de la culture kanake ainsi que le métissage, clef de voûte de l’acceptation des différentes communautés.

Nous rentrons dans le bâtiment qui est constitué d’une allée centrale imbriquée entre des salles d’expositions d’une part et les « cases inachevées » d’autre part. Quasiment seuls dans l’enceinte des bâtiments, nous nous laissons transporter par une exposition temporaire d’artistes calédoniens. Les œuvres variées et intelligibles nous témoignent des points de vue de ces calédoniens sur un monde en déséquilibre où l’Homme court à sa perte faute de vouloir maîtriser ce qui l’entoure. Certains dénoncent, d’autres rappellent à travers la perception kanake de la Nature, la nécessité que l’on a de se respecter soi-même pour pouvoir vivre en paix (spirituelle et physique) dans cet ensemble auquel nous appartenons.

Enchanté mais la tête comme une pastèque, nous enchaînons sur une exposition permanente d’artistes de l’Océanie et une salle d’exposition de « totems » géants originaires des autres archipels mélanésiens et de Nouvelle-Zélande. Ces gigantesques troncs sculptés, qui sont profondément sacrés pour ces peuples voisins de la Nouvelle-Calédonie, sont exposés afin de montrer les proximités, mais aussi les spécificités culturelles et coutumières qui existent dans ces pays de l’aire mélanésienne. La vidéo qui accompagne l’expo met en image les cérémonies de remise des totems par les différentes communautés, fut un excellent support pour comprendre les gestes coutumiers, leur signification, mais aussi leurs motivations dans ses archipels aux contextes économiques, politiques et culturels différents.

L’horloge tourne et il nous reste tout juste le temps de profiter du point de vue où se trouve figé à jamais dans le bronze le regard bienveillant de la statue de J-M Djibaou. Nous passons furtivement sur l’aire coutumière où ont été construites plusieurs cases traditionnelles représentant chacune les tribus du Nord, du Sud et des îles Loyautés.

Ce fut une journée très enrichissante qui démontre que l’importance de protéger la diversité des cultures est un combat aussi important que celui de protéger la Nature, afin de ne jamais oublier de quoi nous sommes faits et d’où l’on vient.

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