Dans la fièvre des derniers jours

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Après notre retour de l’île des Pins, nous avions prévu de partir dès le lendemain à l’aventure, en direction du Nord de la Grande Terre. Mais, l’occasion de vendre notre vélo et des débuts de fièvre pour Pierre, nous font prendre un jour de « rab » qui nous permet également de fignoler nos affaires et nos vivres avant de repartir.

Nous partons donc de bonne heure le lendemain, pour nous rendre sur les hauteurs du Mont Mou, culminant à 1219m d’altitude au sein d’une forêt de mousses. Après avoir cherché le sentier pendant quelques heures, empruntant ça et là des voies sans issues, nous demandons notre chemin à une des rares passantes, qui nous indique enfin la bonne voie à suivre. La balade nous fait passer sur les pentes abruptes et dans un maquis dense qui a laissé quelques traces sur nos mollets. Nous arrivons enfin, après une longue ascension, sur les hauteurs, chapeautées d’une forêt dense et étonnement humide. Affamés, et les jambes lacérées, nous déjeunons sur les cimes. Mais très vite, la fièvre fait son retour et nous ne tardons pas à redescendre tout en profitant d’un soleil couchant qui rend le panorama saisissant.

Nous avons pour intention de rejoindre la tribu de Gohapin, située au sud de la province nord, au beau milieu de la brousse, ce qui devrait nous prendre 4 bonnes heures de route. Très vite la nuit tombe, et c’est après une longue partie de piste que nous arrivons à la tribu sur les coups de minuit. Nous rencontrons succinctement les gens de la tribu responsables de l’accueil, ainsi que les salariés du WWF, qui organisent ensemble ce week-end de découverte de la tribu et du patrimoine naturel qui compose l’aire coutumière située au pied de la chaîne. Cet évènement est aussi l’occasion de réaliser un chantier de plantation de 1000 arbres pour permettre à la forêt de reprendre ses droits là où elle a disparu. Après une nuit encore mouvementée et fiévreuse, et un petit déjeuner dans une ambiance humide et fraîche, nous nous retrouvons avec notre guide Amédée et d’autres bénévoles pour l’inauguration d’un sentier de balade. Ce sentier nous fait passer devant les sépultures des ancêtres et, comme le veut la coutume, nous déposons chacun une fleur sur les tombes afin de prévenir les esprits de notre passage. Nous passons ensuite près d’un vieux rocher où l’on peut encore observer de vieux pétroglyphes (inscriptions sur rocher) qui témoignent d’une présence ancienne de l’Homme sur ces terres. Le chemin est bordé de nombreux pieds d’ananas, d’orchidées et nous avons la chance d’apercevoir, parmi les feuilles, un phasme bien camouflé. Nous empruntons ensuite un passage qui nous fait longer d’anciennes taraudières où l’on peut encore apercevoir un système d’irrigation simple et efficace, qui servait autrefois à inonder les petites parcelles jardinées. Le sentier se poursuit sur le flanc d’une colline, où Amédée nous explique que ce chemin restauré, fut créé par ses ancêtres à l’aide de morceaux de bois taillés qu’ils maniaient comme une barre à mine.

La visite est plaisante, et la bonne humeur, tout comme les connaissances de notre guide, sont communicatives. Nous arrivons le long d’un cours d’eau et nous avons le droit à une démonstration qui met en exergue les propriétés très inflammables de la sève de Kaori. La rivière est splendide et une zone de vasques donne l’occasion aux plus courageux de faire le grand saut, avant d’emprunter le chemin du retour.

Après cette matinée enrichissante nous assistons à la cérémonie coutumière d’accueil réalisée entre le WWF et les participants d’une part, et la tribu de Gohapin d’autre part. L’instant solennel et profond cèle l’amitié et le respect des différents acteurs, et invite ensuite à prendre le déjeuner.

Pierre part terminer sa nuit inachevée, alors que Camille assiste une nouvelle fois à la préparation du « bougna » que nous dégusterons le soir. La viande de cerf et de poulet est découpée, les légumes sont épluchés et coupés, puis le tout, arrosé de lait de coco (préalablement coupée, épluchée, râpée et égouttée), est enfin déposé au cœur de jeunes feuilles de bananier liées ensembles par un nœud en feuilles. Les paniers à bougna sont ensuite placés sur des pierres préalablement chauffées, puis le tout est recouvert d’écorces de niaoulis qui garderont la chaleur au sein de ce four mobile. Du manioc est aussi râpé et placé dans des feuilles en forme de tube, pour être dégusté à part, du riz-coco et aussi préparé, la viande de cerf est grillée au feu, et une soupe est également préparée. Un repas de roi nous attend pour le soir !

Pierre se réveille à temps pour l’observation des roussettes sur le site de la vallée des roches. Tout le monde s’y rassemble avant le coucher de soleil, puis la tombée de la nuit, qui donnera alors le top départ à l’envol des roussettes situées aux alentours. La vallée des roches est un endroit surprenant, tout entouré de massifs rocheux sombres aux arrêtes saillantes. Elle est également occupée en son centre par un grand espace herbeux parsemé ça et là de niaoulis, qui rappelle la présence passée des colons et des pâturages.  Le spectacle est intense et les nuées de roussettes s’envolent en communion avec ce site grandiose et plein de spiritualité.  A l’écoute des gens de la tribu, on apprend, entre autres, qu’ici vivait auparavant une tribu et que celle-ci fut en partie massacrée puis déportée à l’Ile des Pins en répression à la révolte kanake de 1878. On apprend également qu’autrefois, des couloirs étaient dégagés dans la forêt qui recouvrait l’ensemble de la vallée, afin de permettre aux roussettes de les emprunter lors de leurs envols, et que c’était à ce moment là que les hommes levaient de grands troncs taillés, dans lequel quelques roussettes se cognaient et tombaient par terre toutes étourdies ! Elles servaient ensuite de mets de choix pour les gens de la tribu.

L’expérience est extraordinaire et chacun semble ébahi par ce spectacle de la nature. Tout le monde retourne ensuite à la tribu pour célébrer la fête autour d’une table et d’un repas sensationnel. Au menu, viande de cerf, poulet, ignames, taro et manioc sous toutes leurs formes. Au coin du feu les musiciens réchauffent l’esprit et les corps dans une ambiance festive. Puis en fin de soirée, un « match d’impro » mêlant les responsables de WWF et Amédée, le guide de la tribu, nous accroche un sourire aux lèvres et nous offre un bon moment de rigolade et de partage (hé oui, même à des kilomètres de nos acolytes inhpiens les « Va nus pieds », nous assistons à de l’improvisation théâtrale !). Maintenus en éveil par toute cette animation, nous ne tardons pas à crouler sous la fatigue qui s’accumule au fur et à mesure des nuits… Au matin, pas de surprise, la fièvre est toujours là pour Pierre et le métabolisme commence à le ressentir ! Nous ne participons donc malheureusement pas à la plantation et partons vers le nord en quête d’un peu plus de chaleur et de repos !

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