Réflexions : la Nouvelle-Calédonie, une île, un monde !

           

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          C’est après plusieurs mois depuis notre retour en métropole et suite à la reprise de nos études respectives, que nous publions cet article qui sera sans doute l’un des derniers de notre blog. Cette longue interruption est en partie liée ou due à nos études et tout ce qui s’en suit. Cependant il nous paraissait logique que cet article soit écrit avec un recul suffisant tant le sujet est vaste et diversifié, mais aussi tant il nous manque de connaissances sur la culture kanak tout comme de vécu en terre calédonienne. Mais peu importe, il nous semblait intéressant de partager notre ressenti sur ce que l’on a eu l’occasion de vivre ou de côtoyer pendant ces quelques mois de notre vie.

Nous aimerions donc vous parler ici d’une culture, d’un peuple mais plus globalement de nature humaine au propre comme au figuré. En effet, au fur et à mesure de notre séjour, la Nouvelle-Calédonie nous est apparue comme un exemple frappant du monde rapporté à une échelle suffisamment petite pour pouvoir se projeter et y cerner les limites et les enjeux. Car au-delà de la face occidentale de Nouméa, le Caillou c’est également des peuples qui ont pendant longtemps occupé le territoire, fait la guerre, la paix et qui ont cultivé leurs croyances selon qu’ils venaient du nord, du sud, du bord de mer ou des montagnes. Il est presque difficile de s’imaginer autant de langues et de coutumes sur un territoire de cette taille. Tous différents, mais tous unis par leur nature humaine et cette terre où ils venaient au monde. Pour eux, l’homme est partie intégrante de la nature ; sa vie, ses croyances voire sa morphologie sont conditionnées par son environnement. Lors de notre séjour en Nouvelle-Calédonie, nous avons été fortement marqués par cette frontière culturelle qui existe encore entre le monde occidental et celui de la « brousse », qu’il s’agisse de la société tribale en particulier, mais aussi et tout bonnement de personnes qui vivent simplement. Et c’est en cela que la, ou plutôt les cultures kanaks sont de celles que l’on comprend et qui nous replacent en tant que simple être vivant et non Homme avec cette majuscule qui semble nous positionner au-dessus des autres êtres et des éléments.

Cependant, nous ne sommes pas kanaks, nous ne sommes pas issus de cette histoire qui leur est commune, et c’est parfois avec étonnement, incompréhension ou admiration que nous avons côtoyé cette culture. Ainsi, au-delà de ces différences, nécessaires et remarquables qui sont l’essence même de notre socle social, il y a cette identité profonde, cette nature humaine qui nous ressemble et nous rassemble. Le monde kanak a su développer sa propre culture tout en gardant conscience de sa place dans les rouages du monde vivant, laquelle est nécessaire à la survie de notre espèce.

Cet article n’a pas pour objectif de faire l’apologie d’une culture ou d’un peuple, mais plutôt de communiquer cette idée enchanteresse par laquelle les êtres arrivent à vivre en harmonie, et de faire découvrir cette manière de vivre où la nature humaine semble être l’axe de vie des êtres humains. Et c’est au fil des rencontres, des discussions et des regards échangés, que l’on a pu ressentir cette simplicité de vivre dans laquelle on ne vit pas pour faire mieux ou pire, mais on vit car il apparaît que nous faisons partie d’un tout qui a besoin de nous comme nous avons besoin de lui. Il n’y a pas de vérité, il y a juste un équilibre qui n’est pas fixe mais dans lequel chaque être ou chaque chose semble avoir la même importance. Le mythe du « bon sauvage » ne serait-il finalement pas une utopie ?

Mais comme nous l’avons signalé au début de cet article, la Nouvelle-Calédonie ressemble à notre monde en format plus réduit. Après ce tableau peint à la Rousseau, c’est bien un autre aspect, moins utopique et moins doux, que nous voulons aussi vous présenter. La Nouvelle-Calédonie c’est aussi l’individualisme, l’envie d’avoir, l’envie de plus. Dans cet univers d’abondance et de déséquilibre de valeur, où la liberté individuelle semble parfois surpasser toute autre priorité, nous pouvons assister tous les jours à ce choc des cultures. Sans vouloir juger du bien ou du mal de cette rencontre contradictoire, sa description apparaît comme un tableau intéressant pour comprendre les malheurs de cette hyper-société mondiale. La diversité culturelle a rarement été perçue comme un atout pour le bien des communautés, car cette diversité chez l’être humain ne semble mettre en avant que les différences qui divisent et qui blessent. Ainsi, une société ne semble pouvoir accueillir qu’une seule et grande communauté qui partage un maximum de points communs. Pourtant, en ce XXIème siècle, aire de globalisation qui nous mène immanquablement à la rencontre et au choc des communautés, il semble important d’accepter notre différence tout en encourageant les êtres humains à se réunir au-delà de leur nature émergée qu’est notre culture, et à tenter de se recentrer sur ce qui fait de nous une même espèce, notre nature humaine. Malheureusement, la solution actuelle qui nous est proposée s’appelle « homogénéisation », qu’elle soit matérielle, intellectuelle ou culturelle, et conduisant inéluctablement à faire de l’être humain une réplique plus ou moins authentique de son voisin, portant des croyances qui lui paraissent alors comme une vérité inébranlable.

La « différence » apparaît comme une part importante de notre être en tant qu’identité, et elle nous permet de nous projeter dans le monde qui nous entoure et de nous identifier. Cette différence, qu’on le veuille ou non, existe et ce n’est qu’une fois comprise et acceptée qu’il est possible à notre tour de comprendre ou d’accepter l’autre. La différence, au même titre que la diversité, se doit d’être sauvée. Cette distinction est aussi le fruit de notre environnement, de sa perception et du détachement de nos sociétés dites « modernes » à la terre, au monde physique et vivant qui nous entoure et risquant fort de modifier cet équilibre dans lequel nous trouvons notre place. La Nouvelle-Calédonie est un  endroit idéal pour se rendre compte de la « différence », et surtout pour se rendre compte que lorsque celle-ci est considérée et comprise, l’acceptation apparaît comme une évidence. Cette société insulaire est également un exemple qui illustre de façon flagrante les dégâts de la globalisation à l’échelle sociale et environnementale. En effet, la Nouvelle-Calédonie, présentant un taux d’endémisme exceptionnel, est sans cesse amputée un peu plus de son patrimoine par l’industrie minière qui approvisionne le monde entier en nickel. Mais c’est aussi de manière plus perverse et moins directe que la mondialisation touche l’île, en attirant les hommes loin de leur nature. C’est ce conflit intérieur qui apparaît comme un danger pour les communautés de l’île. Le basculement d’une culture proche de la nature et non-bénéficiaire vers un système qui se détache de la vraie nature des êtres vivants, mais qui offre la sensation de dominer son environnement en « possédant », ne facilite pas le rapprochement des communautés de l’île, car il ne se base pas sur ce qui nous lie, c’est-à-dire, notre nature humaine.

Mais la Nouvelle-Calédonie s’est aussi et surtout une terre de rencontres et de réflexions qui nous montrent qu’au-delà de ce qui nous lie ou nous sépare de l’autre, notre place se trouve dans l’acceptation de notre nature ou condition humaine. Et pour terminer cet article, mais aussi nos dernières réflexions quant à cette année de découvertes et d’apprentissages, nous empruntons cette citation à Francis BACON (1521-1626) en guise d’ouverture à la méditation : « On ne commande à la nature qu’en lui obéissant. ».

2 réflexions sur “Réflexions : la Nouvelle-Calédonie, une île, un monde !

  1. très intéressant…
    mais si après l’homo sapiens (raisonnable) on allait irrémédiablement vers l’homo insapiens var numericus ?

  2. Merci pour tout mes enfants. vous nous aurez fait vivre chaque moment fort de votre périple avec une rare intensité.
    Félicitations pour vos textes et réflexions dignes des bons écrivains philosophiques.
    Je comprends qu’après une telle expérience vous ne marcherez pas dans nos pas mais affirmerez votre droit à la différence, le principal étant que le lien familial ne soit jamais rompu.
    to be continued ???

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